N°2 Trouble passager

09/09/2017

J'emmenais ma grand-mère chez le dentiste. Il s'agit là d'un commencement qui n'invite pas spécialement à imaginer que la scène qui suivra sera extraordinaire.

D'ailleurs, elle ne l'est pas. C'était un centre médical banal d'un petit village du sud de la France. La clim nous glaçait le sang et tranchait largement avec la chaleur caniculaire qui régnait à l'extérieur. Sûrement pas bon pour la santé. Paradoxal pour un centre médical, mais bon. Pas de secrétaire à l'accueil, très certainement en vacances. Le dentiste accueillit ma grand-mère avec un grand sourire, tandis qu'il se forçait à me serrer la main que je lui tendais désespérément.

J'allais commencer là mon attente ennuyeuse dans cette salle qui était dédiée à cela. J'ai pris un journal qui rendait hommage à Simone Veil, personnage que je connaissais trop peu.

Le silence s'est vite installé jusqu'à ce qu'un homme le brise en sortant d'on ne sait où avec une main portée à sa bouche. Il m'a lancé un "bonjour" peu audible à cause de la douleur qu'il devait ressentir dû à sa visite chez le dentiste.

À sa suite, une femme dont je ne saurais donner réellement un âge, entre la vingtaine et la trentaine, surgit et s'assit juste à mes côtés en lançant un léger « bonjour ». La salle était tout de même grande et surtout vide. Elle a pourtant choisi de se mettre pile à côté de moi, sur une de ces chaises pourtant très étroites, brisant ainsi tous les codes sociaux liés à la proxémie.

Je décide de ne pas bouger, en m'interrogeant sur ce comportement. Je stresse. J'observe du coin de l'œil, comme un chat apeuré. Je me demande comment me positionner. Etait-elle anxieuse à cause de la visite qu'elle allait bientôt faire à la suite de ma grand-mère, qu'elle avait besoin de contact humain ? "Etais-je" moi-même stupide de stresser pour un rien ?

Je ne sais pas si tu as déjà ressenti ça. Un mélange d'interdit et de sensualité, de stress et de calme parfait, de platonicité et d'intimité totale. Elle était pourtant bloquée sur son portable, et moi sur mon journal. Il n'y avait rien qui indiquait quoi que ce soit. Le trouble ne venait que de la place qu'elle avait choisie.

On aurait été dans une comédie romantique, elle se serait confiée sur sa vie en pleurant sans raison, en disant : « Je suis ridicule. » Et j'aurais dit : « Non, pas du tout. » Et on se serait lancé dans une histoire niaise qui aurait duré 1 h 30 sans les pubs. Dans un film d'action, quatre ninjas seraient rentrés dans le centre pour la tuer pour d'obscures raisons, et on se serait enfui ensemble, nous lançant dans une aventure qui nous aurait lié. Mais là, il ne s'est rien passé.

Ma grand-mère est sortie accompagnée de son médecin perpétuellement souriant. Je me suis levé d'un bond sans prêter aucune attention à l'angoissante créature qui était à mes côtés. On devinait pourtant un « au revoir » sortant de sa bouche.


Il est parfois navrant de constater à quel point on est enfermé dans des règles sociales qui peuvent nous bouleverser sans qu'elles aient quoi que ce soit de rationnel.


Payaso


La chanson du moment :

Hey ! Chaton part pas encore !

Comme promis par la direction, cette semaine encore nous te donnons un indice sur nos tweets étranges.

Tu connais la méthode : Une question, trois réponses qui mènent chacune à une vidéo youtube où tu devras chercher dans la section commentaire celui celui de Rose.

La question en question :

Quel hymne fait battre nos coeurs ?




Rose