N°12 Monsiuer Hans

16/06/2016

Septembre 2013, quelque part dans le Sud de la France Il était toujours à côté de la librairie . Seul assit avec mug blanc et gris. Il ne parlait pas beaucoup. Ne disait que merci. Tous les midis après manger je le croissais quand j'allais à la bibliothèque travailler l'espagnol.

Toujours le même dialogue :
-"Bonjour."
-"Bonjour"
-"Tenez, la bonne journée."
-"La bonne journée, merci".

Pendant trois ans tous les midis, il était là, même les mardi et jeudi matin lorsque j'allais en cours de pratique à l'autre bout de la ville, souvent chargée comme une mule de bouffe, de costumes, d'accessoires pour les stages. Il me voyait passer avec deux valises et deux sacs. Toujours il avait ce sourire, une bonne humeur collée sur sa figure qui ne faisait que maigrir. La librairie avait fermé. Lui est resté toujours assit seul avec son mug blanc et gris. C'est toute la déchéance de la librairie qu'on lisait sur son visage moins rond.

Puis le matin où je passais mon oral pour le bac, on a parlé. Il venait d'Allemagne de l'Est, était parti lors de la chute du mur pour la France. Arrivé en Lorraine il était ouvrier et faisait des chaussettes. L'usine a fermé il y a dix ans qu'il m'a dit. Il connaissait personne à part ces collègues de travail, il a erré sur les lignes TGV jusqu'à arriver ici il y a cinq ans. Il n'a jamais retrouvé de travail, qu'il voudrait d'un Allemand qui cause pas bien Français. M'a dit son prénom, Hans, puis il m'a gueulé :
-" merde !"

J'ai eu mon bac avec 13 à mon oral mais je ne l'ai jamais revu. Personne de mon entourage ne l'a vu non plus. J'ai quitté la ville pour aller à la fac avec toujours le souvenir de Monsieur Hans assit sur le tarmac, seul avec son mug blanc et gris à côté de la librairie.


Oh les coeurs ! :