N°3 La papterie des Halles

15/10/2015

15 Octobre 2014, Quelque part dans le Sud de la France,La première fois que j'y suis entrée, c'était comme rentrer dans un autre monde. Un gars un peu vieux derrière la caisse, une collègienne avec un sac gargantuesque qui parlaient de Molière.

Enfin, c'était plutôt à la recherche du nom de la pièce.
-"Il me faut les femeux malines m'sieur !"
Le gars tirait une tronche de six pieds de long en sortant pour chercher le livre.
Je cherchais des blocs de papier à dessin dans les étagères. L'homme est revenu avec Les femmes savantes.
-" Mais m'sieu, c'est pas ça. Il y a pas le même dessin que sur le livre de la prof."


Le libraire semblait à deux doigts de se tirer une balle, il est repparti chercher d'autres éditions. La gamine me lançait des regards accusateurs pendant que je cherchais dans les rayons des classiques
J'imagine sa pensée " Que dé boloss ici"


C'était la connerie de la jeunesse dans le temple du savoir. Entre le théâtre, les essaies philosophiques et le matos à dessin c'était l'incompréhension et l'ennui d'une collègienne qui regardait sûrement Les Marseillais et Les anges. Choque des cultures.


Le libraire est revenu avec une pile de différentes éditions, de Folio , de livre de poche à Hatier. La gamine a choisi une vieille édition ré-éditée. Elle s'est cassée sans un au revoir.


Le libraire m'a enfin considéré, son regard était vitreux, comme vidé de toute substance
-"Bonjour, vous cherchez quelque chose ?"
Je lui demande s'il a pas des Zola qui trainent, que j'aimerais bien me taper tout les Rougon mais que je ne sais pas trop lequel je dois lire après L'assommoir. Pis que s'il a pas des blocs de dessin en A5 aussi.
Le libraire rigole un peu. On cherche dans les rayons. On dirait qu'il n'a pas ris depuis des années, son rire sonne bizarre, comme le froid de l'hiver en été, il semble affaibli par la morosité de l'existence. Le pauvrette, il a du en voir défiler des collègiens en quêtes de Molière et Marviaux. Il me conseille des auteurs que je n'ai jamais lu, m'explique le systhème de notation des crayons.
Je passe à la caisse. il me fait une ristourne pour un carnet. Il me dit que c'est bien pour noter tout.

Je suis sorti en lui souhaitant la bonne chance.C'est devenu ma librairie préférée, ma référence pour aller chercher mes bouquins et refaire mon matos.


Pendant deux ans j'y suis allée tous les trois mois. C'est grace à ce libraire que j'ai commencé à écrire toutes les mésaventures qui m'arrivent dans mes notes touts. Que j'ai lu Céline, Sartre et Rousseaux. Quand j'y allée, c'était toujours drôle. C'était mon moment d'évasion préféré de l'année. Où choisir des livres ne se résumait pas à ajouter un livre dans son panier Amazon. Les conseils d'un libraire auront toujours plus de valeur que les sugestions d'un algorithme basé sur nos achats précédants.
Aujourd'hui, la librairie est fermée. Elle a coulé, comme le moral du libraire. Il a liquidé tout son stock avec un sourire morose.Le local était à vendre la dernière fois que je suis passée devant. J'en ai chialé. Dans cette ville, la froideur règne avec l'indifférence. Pas de pitié pour les croissants. Si tu vends pas le dernier livre d'Enjoy pheonix, t'as pas de client.


Triste constat :

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